Les futurs directeurs d’établissement s’interrogent sur les moyens de développer la culture de la Bientraitance après le scandale ORPEA

Interview du 15 février 2022 d’ Anne Picard
Dirigeante du cabinet AX’AIDE, créatrice du Label Etablissement Bien Traitant
Par un étudiant de Master 2

Je suis étudiant en Master et dons à vocation à devenir un futur directeur d’EHPAD. Forcément, le scandale ORPEA et les déclarations que nous avons entendues disant que la maltraitance est dans tous les établissements, nous interpelle en tant que futurs directeurs. Y a-t-il des moyens pour lutter contre cet état de fait ?

Mme Anne Picard :

D’abord disons-le, La bientraitance existe, valorisons-la et la maltraitance n’est pas consentie, dans la plupart des établissements et les professionnels du secteur n’ont aucune vocation à être maltraitant. En 25 ans d’expérience, je n’ai jamais rencontré de professionnels dont la volonté de choisir nos métiers auprès des personnes vulnérables est dans l’objectif d’être maltraitant.

Il semblerait pourtant que le manque de moyens soit à l’origine du problème de maltraitance, ce n’est pas ce que vous défendez comme position. ?

Mme Anne Picard :

Au-delà des considérations financières ou d’effectifs, les professionnels doivent être formés à une définition commune des fondamentaux de la bientraitance afin de pouvoir repérer dans leurs pratiques ce qui l’est ou n’est l’est pas. Les établissements ont besoin de mettre en place des actions pour que cette culture se développe comme une culture d’entreprise au sein de leurs murs. Une culture prend du temps, elle doit être alimentée à tous les niveaux hiérarchiques et demander des moyens d’actions prévus, comme tout moyen de gouvernance.

Valorisons le savoir-faire des établissements médico-sociaux.

En ce qui concerne la maltraitance, les personnels, les familles, et les usagers doivent pouvoir bénéficier d’un cadre sécurisé et écouté de leur parole afin de pouvoir signaler toute forme de maltraitance (y compris la maltraitance en creux = celle que l’on ne voit pas dans le quotidien). Les personnels doivent également être formés au repérage et à leurs obligations de signalement. Il n’y a pas de « petites maltraitances », il n’y a que différentes formes, différentes « intentions », différentes consciences dans l’acte de maltraitance, ce qui rend parfois difficile sa qualification.

Quant à l’encadrement, les directions et membres des conseils d’administration, ils doivent également mettre en œuvre des actions permettant un engagement transparent public, engagé et repéré quant à la prévention et la gestion du risque de maltraitance.

Formons-les professionnels à la prévention du risque de maltraitance et aux moyens de lever la loi du silence

Ne pensez vous pas que le Label Etablissement Bien Traitant soit perçu comme opportuniste ?

Mme Anne Picard :

Le Label Etablissement Bien traitant : une solution de prévention créée en 2016

Dès 2015, nous avons perçu

  • la problématique du manque de repères quant à la bientraitance en tant que manière de faire, de dire et d’être
  • le manque de prévention, de méthodes et d’outils pour faire face au risque de maltraitance et lutter contre l’omerta

Qu’apporte comme solution ce Label aux directeurs d’établissements ?

Mme Anne Picard :

Le label établissement bien Traitant est une réponse pertinente qui prend tout son sens aujourd’hui dans la problématique des EHPAD, mais plus largement des ESSMS (36000 établissements en France).

Depuis, le scandale ORPEA, des pistes d’augmentation d’effectifs de professionnels, de mise en œuvre de contrôles et de critères qualité sont sur la table. Mais ces moyens ne suffiront pas à créer la culture dont nous avons besoin auprès des acteurs de terrain. Nous pensons aux professionnels, membres de l’encadrement, directeurs d’établissement, membres des conseils d’administration qui œuvrent tous les jours auprès de nos personnes vulnérables.

Apposer le label Etablissement Bien Traitant à la porte de son établissement atteste de la position engagée de l’établissement, de son conseil d’administration, de sa direction et des professionnels.

Quelles méthodes de travail apportez-vous aux directeurs d’établissement ?

Mme Anne Picard :

Nous avons mis plusieurs années pour mettre au point des méthodes de travail, des o utils et des pédagogies permettant aux établissements de développer la culture de la bientraitance, lutter contre le risque de maltraitance et le phénomène de l’omerta.

Le label est arrivé à maturité. Il travaille en partenariat avec l’APAVE, organisme de contrôle tiers, qui délivre les Labels et assure leur suivi.

Pourquoi dites-vous que le risque de maltraitance n’est pas abordé par la bonne méthode  ?

Mme Anne Picard :

Préparons les établissements- à gérer le risque de maltraitance comme tout risque Alors que les établissements sont soumis à des obligations de sécurité et de prévention des lieux et de leurs personnels (d’ailleurs, le risque de maltraitance n’est jamais évoqué dans les DUER), aujourd’hui, aucun moyen n’est dédié à la prévention du risque concernant les usagers. (Dans n’importe quelle entreprise, le risque client est pourtant toujours pris largement en considération dans la répartition des moyens). Alors créons ce risque !

A votre avis, pourquoi cette prise de conscience collective autour du problème de la maltraitance des personnes âgées arrive aujourd’hui ?

Mme Anne Picard :

Je remarque une vraie prise de conscience dans les établissements sociaux et médico-sociaux mais également dans le grand public quant à la problématique de la maltraitance. Je daterais cette prise de conscience depuis le Mouvement #MeToo en 2017 Dès lors, les problématiques de violence, de harcèlement et autres maux se sont installées dans le débat public, obligeant nos dirigeants à mettre en place de nouvelles mesures, et ce rapidement.

Aujourd’hui, et logiquement, après la loi sur la maltraitance animale (votée en novembre 2021), ne soyons pas surpris que la préoccupation se tourne, enfin, vers les personnes vulnérables. D’ailleurs, la société pourrait s’interroger sur le fait que cette problématique arrive aussi tardivement sur le devant de la scène. Certains diront « âgisme », d’autres « manque d’inclusion des personnes handicapées dans notre société !

Quoiqu’il en soit, à un moment ou un autre de notre vie, nous serons tous confronté à la problématique de l’accompagnement des personnes âgées pour un de nos proches ou nous-même.

Il s’agit donc d’un enjeu de société ?

Mme Anne Picard :

Oui, c’est une évidence et nous, nous y sommes. La question est donc désormais de trouver des solutions concrètes et opérationnelles qui pourront dégager un modèle sociétal et culturel. En effet, à l’échelle de l’histoire de l’humanité, nos sociétés n’ont encore jamais eu à gérer de tels phénomènes de vieillissement et de handicaps de population. Il s’agit là d’une problématique de nos sociétés occidentales dont il faut inventer l’avenir.

Il est temps de dépasser les slogans comme le bien vieillir ou les intentions pour passer à l’action.

En quoi le label peut il être considéré comme un outil de management pour le directeur d’un établissement ?

Mme Anne Picard :

Il engage l’établissement dans des règles d’éthique et de déontologie indiscutables vis-à-vis de tous les acteurs.

Le label ne peut garantir qu’un acte de maltraitance est impossible. Par contre, il garantit que tous les acteurs sont engagés à ne pas cautionner l’omerta ou la loi du silence et que ce qui devra être fait dans le cas d’un acte avéré sera réalisé.  Par ailleurs, il oblige à développer des moyens d’information, de formation, d’interrogation sur les pratiques et le management des équipes traversés par le prisme de la bientraitance.

Il est également un travail d’équipe autour d’un sujet qui fait consensus auprès de tous les professionnels travaillant en EHPAD et quel que soit leur culture professionnelle : la bientraitance. Obtenir un label est également un moyen de reconnaissance du travail réalisé par les professionnels.

Comment faire pour obtenir la labellisation de son établissement pour un directeur ?

Mme Anne Picard :

La première phase avant la labellisation est une phase de mise en place de moyens de formation pour créer une acculturation de tous les acteurs en matière de bientraitance (que nous considérons comme un droit fondamental de toute personne vulnérable prise en charge) et de maltraitance (que nous distinguons dans le cadre de la prévention et la gestion des risques).

Le Label et son partenaire APAVE ont élabores des programmes de formation suivis de certification des compétences acquises des participants. Ils sont alors des relais pérennes et experts au sein
même des établissements.

Cette première phase permet de préparer la structure aux exigences du label. Elle est alors prête à demander sa labélisation.

Est ‘il possible d’obtenir le label malgré les problématiques de moyens ?

Mme Anne Picard :

La preuve est que des établissements réussissent à se faire labelliser moyennant un travail de fond sur l’Information, la Formation, l’Interrogation de leur Pratiques et de leur Management. (IFPM du
Label).

Combien de temps pour obtenir ce label ?

Mme Anne Picard :

Le délai d’obtention du label se situe entre 1 et 2 ans. Cependant une première reconnaissance est dès le premier trimestre d’entrée vers le Label par l’obtention du statut de « Mise en route vers le label » après un premier diagnostic interne. L’établissement peut utiliser la charte graphique de son statut et opérer une première inauguration avec les professionnels, les usagers et leur famille.

Combien d’établissements sont labellisés ou en cours de labellisation ?

Mme Anne Picard :

Les premiers établissements labellisés dès 2016 sont en cours de renouvellement de leur Label. Nous pouvons considérer qu’ils sont entrés dans le cercle vertueux de la bientraitance depuis plus de 5 ans.

21 établissements sont en cours de préparation de leur première labellisation.
A ce jour, une soixantaine d’établissements sont prêts à s’engager dans une démarche de Labellisation. Demain, ils seront plus. Preuve en est de la nette augmentation du nombre d’appels que nous recevons depuis ces dernières semaines.

Certains financeurs se sont déjà engagés dans le financement, comme le département du Loir et Cher.

Que pourrons porter la future génération de directeurs que nous serons ?

Mme Anne Picard :

Ne laissons pas ternir plus encore le secteur de l’accompagnement Clairement, le secteur médico-social, les établissements et ses professionnels ne sont pas assez « armés » contre la médiatisation de faits de maltraitance. Nous connaissons tous les effets délétèrent de cette médiatisation des structures et des professionnels, le doute engendré auprès des usagers et des familles ou l’image du secteur. L’effet de généralisation est aux portes des établissements et de ses gestionnaires.
Protégeons le secteur et ses professionnels par des engagements et la démonstration de leur qualité de travail !

Travailler à l’attractivité des métiers et du secteur
Le secteur médico-social connaît des difficultés d’attractivité, de turnover et de reconnaissance de son action bientraitante, ce label est une réponse positive à tous les personnels et futurs jeunes qui souhaitent continuer à exercer un métier humain, reconnu dans ses compétences, dans un environnement de travail, lui aussi, investit dans la qualité et le sens du travail auprès des personnes vulnérables.
Oui, ces métiers restent de beaux métiers et doivent encore être capable de créer des vocations. !

LABEL ETABLISSEMENT BIEN TRAITANT®

Le Label, une solution pour développer la culture de la bientraitance dans les établissements sociaux et médico-sociaux, reconnaître et faire reconnaître la qualité de vos pratiques professionnelles et valoriser vos équipes.

Apposer le Label Établissement bien traitant® démontre la position engagée et transparente de l’institution dans la lutte contre le risque de maltraitance et le développement de la culture de la bientraitance auprès de tous les acteurs.

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